Croquis cartographiques

exposition

Vernissage : mercredi 3 mai 2017 à partir de 18h
Exposition : du 2 mai au 16 mai 2017

Croquis cartographiques

Croquis / cartographie - croquis cartographiques : un assemblage de mots

Dessins, esquisse rapide, épure, ébauche, plan, planifier l’espace, rendre plan
géographie, carte, voyage, rêverie, localisation, repères spatiaux, territoire, identifier, identité territoriale, cartographie technique de l’établissement du dessin et de l’édition de cartes, limites, définit et déterminé un territoire, cartomancie,
cas, crime, délit, lien, relation, limite, ponctuation de territoires…

Des ébauches, des esquisses rapides ? Des cartes, plans, images, photographies, performances ? Des transpositions conceptuelles ? Ici les termes croquis et cartographiques, qu’ils soient titre, mots clé ou suggestions notionnelles, œuvrent mécaniquement et processuellement dans cette proposition d’exposition. Ils œuvrent pour créer des trajectoires dans l’espace de la galerie, ils œuvrent comme des lignes de fuite et des incitations pour disparaître dans les lignes des propositions, des systèmes de notation de notre rapport au monde. Une constellation de propositions et des invitations. Car ici les artistes s’invitent mutuellement pour penser cette richesse de la cartographie de notre rapport au monde sensible.

L’œuvre d’Anna-Maria le Bris, pour qui la cartographie est aussi un espace de mise en lien des images, est un lieu où les indices se déposent. Ses « murs d’images » renvoient à la grammaire des séries policières pour réinventer un crime qui n’a pas eu lieu. Pas encore. Une mise en lien parfois confinant à l’absurde est ici rejouée de façon à exacerber le stéréotype auquel ils renvoient. Elle invite Eric Baudelaire qui présente Que peut une image, icono-cartographie, publiée dans la revue Hypertexte en 2009. Baudelaire abandonne la linéarité de la projection pour proposer une lecture syncrétique d’associations formelles d’images.

La carte est aussi comme une mémoire, une forme aller-retour entre fiction, souvenir, trace et réel concret. Damien Dion invite Hubert Renard (expositions potentielles) et Cloé Beaugrand (Tentative de rapprochement n6 - classeur sur table, intervention furtive). Il partage avec eux une réflexion sur les codes et les principes de l’exposition. Jouant de l’absence des tableaux pourtant existants, ce sont les traces photographiques, le texte d’accompagnement et le livre où seront reproduites les toiles qui font œuvre.

Les voix de Florence Jou et Maude Mandart ouvrent sur les voies d’un autre maillage de pensée du territoire. Rationalisé, condensé dans un espace de dialogue entre les pratiques et le lieu, la galerie est un terrain d’expérimentation de leur performance poétique où elles arrivent à circonscrire Morfondé (centre de réinsertion pour adolescents entre 1950 et 1970) le temps de cette expérience. Comme une cristallisation visible du procès de leur rencontre.

Le croquis cartographique c’est aussi un geste, celui de Mark Rakotoarivelo une suspension d’objets personnels comme une sculpture qui désigne un territoire, une présence, un marquage dérisoire en écho aux légendes urbaines. Ce geste minimal est aussi celui qui est en jeu dans l’œuvre hommage d’ Adrien Abline à On Kawara. La carte postale, jetlag painting, objet risible et ironique matérialise en son temps de circulation la fameuse seconde intercalaire, inscrivant le geste absurde dans une infinie poésie.

Dans les dessins de Laurence Gossart, ce sont des alcôves de pensée telles des grottes, des microcosmes qui se développent de disque en disque, comme dans des boites de Pétri, des état d’un paysage mental relevé de façon quasi quotidienne. Ces dessins font signes (graphiques) à ceux de Patrick Pleutin de l’intérieur des grottes de Bâmiyân qui se trouve tout à coup projeté sur la transparence des vitres de la galerie, laissant une ligne autonome envahir et cerner des espaces dans les ombres projetées qui pénètrent le lieu. L’adaptation au sol par Jean-Baptiste Decavèle du dictionnaire des pictogramme de Yona Friedman agit en projection de la cartographie expérimentée et imaginaire des grottes de Bâmiyân : « il n’y a pas de transcription possible des territoires sans un rapport au langage. Ce qui lie la carte au dictionnaire, c’est l’analogie, il y a une analogie de la reconnaissance ». Des traductions, transcriptions pour déchiffrer le monde, libres de déposer les cadres et de multiplier leurs mouvements.

L’imaginaire marin mis en œuvre dans les dessins de Quentin Montagne s’inscrit dans un projet de recensement de décors d’aquarium et est mis en perspective avec des vues frontales de volcans. Des éléments sont extraits de leur contexte afin d’acquérir un niveau de lecture différent devenant ainsi abstraits, polysémiques, voire, hermétiques. L’élégance des dessins n’a d’égale que leur précision quasi illusionniste, le bleu du bic enrichit en profondeur.

« La grande majorité des croquis cartographiques dessinés par les hommes ont rarement survécu aux contextes immédiats de leur réalisation. Ils naissent généralement dans un contexte d’histoires orales (...) Les lignes d’un croquis cartographique reconstituent des gestes de voyage déjà éprouvés, dont les points de départ et d’arrivée, déjà connus, ont une histoire d’allées et venues. (...) Ce sont des lignes de mouvement. Le « mouvement de la ligne » retrace votre propre « marche » dans l’espace réel. C’est pourquoi les croquis cartographiques ne sont généralement pas entourés de cadres ou de limites. » Tim Ingold

Texte de Laurence Gossart