Anne Ferrer

Devenir souffle - Anne Ferrer

exposition

Exposition du 4 février au 26 février 2016
Vernissage le mercredi 3 février à partir de 17 heures.

Devenir souffle

Les sculptures d’Anne Ferrer s’offrent dans l’immédiateté. Vives, exubérantes, striées de couleurs qui rappellent aussi bien les jeux de l’enfance que les chapiteaux des cirques, elles semblent disposées pour célébrer une fête ou nous plonger dans les réminiscences d’un temps prénatal : nous sommes conviés à nous mouvoir légèrement, à nous lover autour d’elles, à nous laisser happer dans la douceur de leur toucher et de leur frémissement, à s’effacer un instant dans un sentiment d’apesanteur, entre vague à l’âme et euphorie. Les appellerons-nous alors « sculptures » ? Car elles sont, dans leur disposition joyeuse, une déconstruction même de la sculpture : elles se moquent de la stabilité aussi bien que des effets de masse ou de constructions savantes ; elles y opposent une fluidité et un oscillement permanent, se déguisent en drapeau, en manche à air, ou en Kway que nous enfilons par gros temps. Elles vibrent et respirent là où, si souvent, siègent le lourd, le terne, l’immobile, le pérenne. Elles irradient de leurs couleurs vives, celles que nous partageons dans nos moments de jeux et de loisirs. Elles chantent aussi, bruissent et chuchotent ce qui traverse nos rêves ou nos fantasmes, et parfois s’allient à des rythmes musicaux. Elles s’emparent du présent et font fi de l’intemporalité de la sculpture : prenant forme à la faveur d’un souffle, s’assoupissant tout aussitôt en se déformant, elles prennent garde à ne pas arrêter les formes, à se donner dans un mouvement organique, à éclore et à décliner.

Sans doute, sont-elles, alors qu’elles se déploient aussitôt sorties de la valise qui leur permet tous les voyages, un lieu de surgissement et une expérience plus qu’une sculpture. Surgissement qui multiplie les jeux suggestifs des œuvres en révélant l’ambiguïté organique des formes : jets de fleurs ou tentacules menaçantes, fléau masculin ou enlacement féminin, gros plan sur des parties du corps ou plongée dans un monde aquatique. Expérience, car le trouble sensuel que projettent ces œuvres, naît de l’instabilité des formes, de ce qui se joue dans la respiration, l’alternance qui rythme le sentiment de vivre autant que le désir, ainsi que le cycle naturel de la vie. « Devenir souffle », c’est s’efforcer – et s’émerveiller – d’être ce passage constant d’un état à l’autre.

Si on dressait une généalogie des œuvres d’Anne Ferrer, on décèlerait une progression lente et raisonnée qui du cru, de la chair, du cochon transgenre et provocateur, l’a conduite vers plus d’abstraction pour favoriser un plus grand trouble de la perception, semblable à celui que certains tableaux de fleurs de Georgia O’Keeffe laissent entrevoir. Mais ce lointain écho, dont on ne sait si Anne Ferrer le revendique, ne se retrouve pas dans ses dessins qui gagnent en liberté et en franchise par la rapidité de leur exécution là où les « sculptures » demandent le temps long et la précision des machines à coudre. Œuvres à part entière, ses dessins sont aussi un lieu de passage, où la couleur fait surgir des figures étranges, des fleurs ou des organes carnivores, et offrent, si on peut le dire ainsi, un « bestiaire végétal ». Loin d’être les simples patrons des sculptures, ils multiplient les chemins où le souffle s’accorde avec l’exubérance d’un imaginaire qui rit de son « inquiétante étrangeté ».

Antoine Perrot

Anne Ferrer, née à Toulouse, intégre l’ENS Cachan en 1983, puis part étudier et vivre aux USA, où elle obtient un Master of Fine Arts de l’Université de Yale.

Après 8 ans de vie aux USA, elle revient en France, occupe une boucherie dans le XIIème arrondissement de Paris et commence à exposer son travail inspiré par ce lieu, après avoir suivi l’Institut des Hautes Etudes de Pontus Hulten et obtenu un DEA en arts plastiques à l’université Paris 1. Ses sculptures ont été exposées au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, à l’Institut Français de Naples, au Centre Pompidou, à la Maison des Arts de Malakoff, ainsi qu’à Séoul, Madrid, Naples, Prague et à La Paz en Bolivie.

Depuis 10 ans, Anne Ferrer alterne expositions et résidences aux États-Unis, à la School Of the Arts Institute of Chicago, au Gallery Lab à New York City, Blue Star Art Center, San Antonio, à la Gallerie Red Arrow, Dallas, et a conçu une commande pour la Houston Public Library.

Depuis 2013, ses œuvres font partie des collections du Taubman Museum en Virginie, et du Telfair Museum en Georgie qui vient d’acquérir une grande sculpture pour son atrium. Elle vient d’obtenir le prix "Watchmeister Grant" du Virginia Center for the Creative Arts. Elle prépare pour 2016 une exposition pour le Musée d’Allentown en Pensylvanie (USA) et une résidence d’artiste à Yaddo, New York pour juillet prochain.

Site d’Anne Ferrer

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