Cédric Teisseire

I’ve got you under my skin

exposition

du 21 septembre / 25 octobre 2016
Vernissage le 20 septembre 2016 à partir de 20h

Dans la peau, la peinture

« Je t’ai dans la peau », disent les amoureux, I’ve got you under my skin, rétorque Cédric Teisseire sur un air de Frank Sinatra. Avec ce titre qui renvoie également au film de Jonathan Glazer, Under the skin, où l’on suit les pérégrinations d’une alien cachée sous une peau humaine, Cédric Teisseire nous rappelle que son travail interroge ce qui se tient à la surface de œuvre mais aussi en elle et en dessous. Depuis une vingtaine d’années, l’artiste revisite, en les bousculant, quelques grands mythes picturaux modernistes - l’abstraction et le monochrome -, mais aussi des formes contemporaines - la pureté minimale, le support concret -. Quand on l’a cru parfois niée ou dépassé, la peinture revient partout chez lui comme matière, trace, signe et procès pictural ; faire œuvre c’est en revenir à la surface, à cette peau, dont Paul Valéry écrit qu’elle est en l’homme ce qu’il y a de plus profond.
Selon Donald Judd, les « objets spécifiques », formes géométriques industrielles en tôle galvanisée et en acier peint, ne relèvent ni de la peinture ni de la sculpture. I’ve got you under my skin présente un ensemble de pièces qui se tiennent, au contraire, au croisement du relief, de la peinture et du miroir. Dans un geste de sculpteur et de peintre, Cédric Teisseire défait et recompose. Parfois héritier du Nouveau Réalisme, il fait fondre, au lieu de les compresser, des accessoires automobiles, en les exposant sur les cimaises, à la manière de toiles brûlées. L’entropie et l’accident occupent une part importante dans son travail. Défaire, c’est toujours faire autrement. Ailleurs, il plie et tord les Dibonds, ici il attaque à la ponceuse les plaques d’aluminium laquées donc émergent d’étranges spirales, échos lointains des roto-reliefs duchampiens. Et si l’on retrouve quelquefois le souvenir d’une œuvre d’Ellsworth Kelly ou de Frank Stella, les pièces de Teisseire frappent toujours par leur fausse simplicité : sous la plaque tordue - à mi chemin de la toile et du relief - se trouve une couleur dissimulée, une sorte d’aura, comme à l’envers des choses. Sur la surface poncée du Dibond s’anime aussi une dance mécanique et répétitive de ronds, qui semble extraite du Ballet mécanique de Fernand Léger. Voici encore des lacis, des entrelacs, des formes abstraites serpentines, quasi spectrales, qui lacèrent la surface, l’abîment, l’entaillent tout en la magnifiant.
N’est-ce pas de la peinture elle-même que Cédric Teisseire pourrait dire : « je t’ai dans la peau » ?

Olivier Schefer

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